Institut Poétique
de Recherche
Théâtrale

par Wajdi Mouawad

Une clairière au milieu
du silence

Institut Poétique
de Recherche
Théâtrale

par Wajdi Mouawad

Une clairière au milieu du silence

Se lever de sa chaise pour aller s’asseoir sur la chaise d’en face est un geste dont les conséquences sont inversement

proportionnelles à sa simplicité

puisque c’est tout le paysage auquel nous tournions jusque-là le dos qui nous apparaît d’un seul coup.

Et dès lors que cette chaise nouvelle est celle de l’ennemi, celle de celui ou celle que nous détestons, celle ou celui avec lequel nous sommes en conflit, la proportionnalité entre la simplicité et les conséquences démultipliée, devient abyssale, forcés de voir et partager ce que cet ennemi voit, forcés donc d’adopter à notre corps défendant son point de vue.

Changer ainsi de chaise, c’est donc prendre le risque de devenir celui que nous détestons ou, pire, adoptant son point de vue, nous mettre à détester celui que nous étions.

La solution pour éviter un si cauchemardesque piège consiste bien entendu à ne pas bouger de sa chaise et y rester assis sa vie durant. Mais, d’instinct, on voit ce que cela peut avoir de vicieux. S’il peut éviter un temps des conflits trop violent, le statut quo ne peut pas être un projet d’avenir, un programme, c’est un sursis, un pis-aller car nous le savons parfaitement :

toute violence exige qu’elle soit affrontée en lui opposant la fragilité de notre humanité.

Pour parvenir à un tel geste, aussi simple que conséquent, il faut se préparer. Il faut échanger avec les autres, discuter, se donner du courage en écoutant ceux qui ont trouvé ce courage, s’entrainer, tester, créer une forme de communauté

où la question de la pensée autant que celle de la poésie peuvent, non plus s’affronter, mais au contraire,

tenter de se compléter pour dresser un front nouveau et faire face au vent violent du désarroi.

Cela suppose donc sortir de chez soi pour aller frapper à la porte de l’autre.

Se faire curieux de lui. S’intéresser. Voir ce qu’il voit, écouter ce qu’il écoute, non seulement lui demander ce qu’il pense, mais surtout lui demander de nous raconter le long chemin qui l’a conduit, peu à peu, à aimer penser comme il pense ! Nous aimons tous ce que nous pensons. Sinon nous ne le penserions pas.

Si nous sommes toujours prompts à énoncer ce que nous pensons, comme ceux qui jette des bloc de bétons de manière péremptoire, très rares sont les moments où il nous est possible de raconter ce qui nous a conduit à aimer penser comme on pense : quel événement, quel personne, quelle expérience, quel professeur, quel parole, quel livre, quel paysage, quel chagrin, quelle violence, quelle addition de choses ont été le chemin qui nous a conduit à ce présent où on s’entend affirmer telle chose ?

S’intéresser à cela chez l’autre, c’est évidemment un chemin d’empathie en ce sens où s’identifier à son chemin, c’est comme arriver chez lui charger de cadeau et tout lui offrir.

Cette action de visiter l’autre, de le rencontrer, peut assembler aussi bien la poésie – puisqu’il est possible d’offrir une histoire, un conte, une légende, un geste – qu’un savoir, puisque le survenant est aussi celui qui donne les nouvelles du monde d’où il vient.

Mais s’il vient pour offrir, il vient aussi pour recevoir et écouter à son tour les récits et les nouvelles. Il s’agit donc d’un échange.

 

Échange de savoir.

Se faire curieux de lui. S’intéresser. Voir ce qu’il voit, écouter ce qu’il écoute, non seulement lui demander ce qu’il pense, mais surtout lui demander de nous raconter le long chemin qui l’a conduit, peu à peu, à aimer penser comme il pense ! Nous aimons tous ce que nous pensons. Sinon nous ne le penserions pas.

Si nous sommes toujours prompts à énoncer ce que nous pensons, comme ceux qui jette des bloc de bétons de manière péremptoire, très rares sont les moments où il nous est possible de raconter ce qui nous a conduit à aimer penser comme on pense : quel événement, quel personne, quelle expérience, quel professeur, quel parole, quel livre, quel paysage, quel chagrin, quelle violence, quelle addition de choses ont été le chemin qui nous a conduit à ce présent où on s’entend affirmer telle chose ?

S’intéresser à cela chez l’autre, c’est évidemment un chemin d’empathie en ce sens où s’identifier à son chemin, c’est comme arriver chez lui charger de cadeau et tout lui offrir.

Cette action de visiter l’autre, de le rencontrer, peut assembler aussi bien la poésie – puisqu’il est possible d’offrir une histoire, un conte, une légende, un geste – qu’un savoir, puisque le survenant est aussi celui qui donne les nouvelles du monde d’où il vient.

Mais s’il vient pour offrir, il vient aussi pour recevoir et écouter à son tour les récits et les nouvelles. Il s’agit donc d’un échange.

 

Échange de savoir.

Atelier d’écriture, atelier de parole, atelier de regard, atelier comme espace de réparation. L’atelier où l’on enseigne, où l’on transmet mais aussi, atelier où l’on apprend, où l’on est enseigné. Atelier comme une clairière au milieu d’une forêt qui sert le silence, des broussailles qui seraient le mutisme, la difficulté de trouver le chemin vers la parole. Clairière donc pour que surgisse la parole. Dans cet échange, voilà que ce qui jusque-là distinguait l’intuition de la raison s’estompe et ce qui se devait être un atelier, une conférence, une leçon, un bord plateau, voici qu’en réalité c’est un spectacle, une performance, une geste de poésie. Au diable les mots se dit ont. L’essentiel est aujourd’hui d’être ensemble. Car, rien n’est plus urgent que d’être ensemble.

A ce geste d’échanger le point de vue, de rencontrer cet autre, que ce soit dans les lieux urbains, citadins, favorisés défavorisés, ruraux, déserts, désertés, abandonnés ou au contraire au cœur de la cité, ce geste de relier, de tisser, de retisser la trame de ce que nos violences déchirent, nous avons choisi de lui donner le nom de :

Institut Poétique de Recherche Théâtrale. 

I.P.R.T., donc. 

I. Pé. Èr. Té. 

Ipertè. 

IPERTÉ. 

 

 

Iperté

c’est une fantaisie qui a en son cœur une déviance, celle de la Parole, du Poème, comme acte de subversion, comme une protections pour mieux regarder l’éclat aveuglant et brûlant de ce mot si violent et si beau si douloureux si utopique de Liberté.

Iperté

comme un possibilité d’inventer de la manière la plus artisanale des lieux de paroles. Prises des paroles des jeunes sur l’ensemble des territoires ; interventions poétiques dans toutes sortes de lieux ; Recherche avec des chercheurs de tous les domaines ; conférences poétiques ; et la combinaison de tout cela pour arriver à des objets les moins identifiables possibles.

donc comme envie de ne plus se cantonner dans le champ habituelle de la « compagnie de création », chaise sur laquelle jusque-là nous étions confortablement assis. Mais celle d’une recherche où transmission, poésie, création et espaces de dialogue, s’entremêlent pour former des instants de rencontres.

Institut Poétique de Recherche Théâtrale

 

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